symbolbild

Percée dans la lutte contre la pornographie mettant en scène des enfants sur Internet

Berne, le 9 février 2007: Dans la lutte contre la pornographie mettant en scène des enfants (pédopornographie) sur Internet, l’Association suisse pour la protection de l’enfant peut faire état d’un résultat fructueux. Après que le fournisseur d’accès Internet Tele 2 bloque depuis le début de l’année les sites commerciaux offrant du matériel de pédopornographie, la filiale de Swisscom Bluewin a signé un accord dans ce sens avec l’Office fédéral de la police (Fedpol). D’après les informations de Fedpol, 2 500 sites de pédopornographie devraient être bloqués. « Ce projet constitue une percée importante », se réjouit Karolina Frischkopf ; la cheffe du service ECPAT Switzerland de l’Association suisse pour la protection de l’enfant a mis ce projet sur les rails avec le concours de divers partenaires.

 

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance estime à 14 millions, dans le monde, le nombre de sites Internet dont le contenu pornographique met en scène des enfants. En 2005, le Service de coordination de la lutte contre la criminalité sur Internet (SCOCI) a reçu 7300 messages qui signalaient des sites au contenu suspect concernant uniquement la Suisse. Ce nombre est plus élevé qu’auparavant. A l’échelle de la planète, 20 milliards de dollars devraient s’écouler chaque année dans le commerce lié à la pornographie enfantine et à la prostitution enfantine. L’organisation de protection de l’enfance active dans le monde entier, ECPAT International – dont l’agence nationale est le service ECPAT Switzerland administré par l’Association suisse pour la protection de l’enfant – a fait de la lutte renforcée contre l’exploitation sexuelle des enfants et des jeunes à des fins commerciales sur Internet l’un des thèmes prioritaire de son assemblée générale de septembre 2005 à Rio de Janeiro. Des experts internationaux sont parvenus à la conclusion, au Brésil, que le blocage des sites Internet et le screening des cartes de crédit étaient parmi les méthodes les plus efficaces pour combattre la pédopornographie de manière ciblée.

 

Une double exploitation

« La pédopornographie est un commerce affreux qui a plusieurs dimensions », explique Karolina Frischkopf, cheffe du service ECPAT Switzerland de l’Association suisse pour la protection de l’enfant qui s’engage activement contre la prostitution enfantine, la pornographie enfantine et le trafic d’enfants. « Nous nous opposons à la fois à la production, à la diffusion, à la possession et à la consommation. » La pédopornographie est, en effet, une double forme d’exploitation. Il y a une première fois exploitation lors de la production, une seconde fois lors de la diffusion – qui fait du mal aux victimes sur le long terme. En effet, ces dernières vivent en craignant en permanence de voir des photos ou des films réapparaître n’importe quand, n’importe où. La consommation qui augmente rapidement en raison des possibilités de diffusion d’Internet fait de la production d’images toujours nouvelles une affaire lucrative pour d’innombrables acteurs. Là aussi, la demande guide l’offre. « Les personnes qui consomment des images de pédopornographie sont elles aussi responsables de l’exploitation sexuelle des enfants et des jeunes dont on a abusé », poursuit la responsable du service ECPAT. L’Association suisse pour la protection de l’enfant a ainsi soutenu l’an dernier une motion du Conseiller aux Etats Rolf Schweiger qui demandait que l’on punisse la consommation de pédopornographie.

 

Bloquer l’accès selon le modèle danois

La prévention est au cœur du travail de l’Association suisse pour la protection de l’enfant et de son service. La prévention de la pédocriminalité – la pornographie enfantine ainsi que d’autres dangers qui menacent les enfants et les adolescents sur Internet – représente donc une priorité du travail d’information et d’éducation aux médias. En collaboration avec la Prévention suisse de la criminalité (PSC), le SCOCI et divers fournisseurs d’accès Internet, ECPAT Switzerland a élaboré selon le modèle danois, dans le cadre de la prévention des auteurs, un projet qui vise à bloquer en Suisse l’accès aux sites commerciaux proposant du matériel pédopornographique sur des serveurs étrangers. Concrètement, cela se déroule ainsi : à l’avenir, si un client potentiel de pédopornographie clique sur un site illégal, il est redirigé vers l’Office fédéral de la police (fedpol) et une mise en garde apparaît sur son écran. Pour mettre en place ce système de blocage, 2500 adresses commerciales d’offreurs étrangers de matériel de pédopornographie ont été introduites dans un filtre. La police danoise a fourni la liste à ses collègues suisses qui l’ont complétée par les adresses qu’ils possédaient déjà. « Le but est de dissuader les consommateurs de pédopornographie et de rendre ce commerce non attractif pour les producteurs », explique Karolina Frischkopf.

 

La bonne volonté des fournisseurs d’accès est là

La volonté de participer au projet est très présente, de la part des fournisseurs suisses d’accès Internet. Ils ne participent pas tous, mais ils sont nombreux à la faire. « Nous devrions atteindre 80 pour cent des usagers d’Internet en Suisse », déclarait, satisfait, le directeur de la Prévention suisse de la criminalité, Martin Boess, dans un article de la « Sonntagszeitung ». Outre les fournisseurs d’accès chez qui le système de blocage est déjà en action, à savoir Tele 2 et Bluewin, Sunrise et Cablecom sont sur la ligne de départ. Durant la première étape du projet, les grands fournisseurs d’accès suisses devraient tester l’énorme liste d’adresses. Les sites dont il s’agira de bloquer l’accès sont définis par l’Office fédéral de la police et mis à jour en permanence. Après la phase de test, fedpol part du principe qu’il restera une liste d’environ 1 500 offreurs actifs dont il s’agira de faire bloquer les sites par le plus grand nombre de fournisseurs possible en Suisse. La liste des sites est maintenue secrète ; chaque fournisseur d’accès doit s’engager par contrat à ne pas publier ni vendre ces adresses.

 

Il ne s’agit pas de censurer, mais de protéger les enfants

« Dans ce projet de blocage, il ne s’agit pas ce censurer mais d’intervenir contre des actes criminels envers les enfants. Nous avons opté pour une solution pragmatique susceptible d’obtenir un maximum de réussite avec des investissements relativement faibles. La pédopornographie est un acte criminel et les offreurs d’accès Internet ont eux aussi l’obligation d’empêcher la consommation et de protéger ainsi les victimes », explique clairement Andrea Burgener, la présidente de l’Association suisse pour la protection de l’enfant. En Suède, on utilise depuis deux ans des filtres de blocage analogues. Au début, la police enregistrait encore 8000 tentatives d’accès vers des sites contenant de la pédopornographie ; quelques mois plus tard, le nombre était tombé à 300.

 

Oui au Screening des cartes de crédit

Le contrôle des cartes de crédit qui sera pratiqué à l’avenir en Suisse lorsqu’on soupçonnera des téléchargements de contenus illégaux est également salué positivement par l’Association suisse pour la protection de l’enfant. « C’est une méthode convaincante pour combattre efficacement ce commerce abject », déclare Andrea Burgener, la présidente de l’Association suisse pour la protection de l’enfant.

Association suisse pour la protection de l’enfant (Sources: Fedpol, Sonntagszeitung du 28.1.2007, PSC, ECPAT Switzerland)

 

Autres informations

Prévention suisse de la criminalité: www.stopp-kinderpornografie.ch, www.skppsc.ch/1/fr/ Service de coordination de la lutte contre la criminalité sur Internet SCOCI: www.cybercrime.admin.ch/index.php?language=fr Conférence des directeurs et directrices cantonaux de justice et police: www.kkjpd.ch

Rubriken