L’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales – qu’est-ce que c’est ?
L’exploitation sexuelle des enfants et des jeunes à des fins commerciales par le biais de la prostitution, de la pornographie et du trafic d’enfants foule aux pieds la dignité humaine des enfants. Ce commerce qui réduit les enfants à une simple marchandise est criminel ; il a lieu dans le monde entier, en Asie du Sud-Est, en Amérique latine, en Afrique aussi bien qu’en Europe.
Les limites entre l’exploitation sexuelle à des fins commerciales et celle qui a lieu à des fins non-commerciales sont très souples : des études démontrent que bon nombre d’enfants exploités sexuellement à des fins commerciales subissaient tout d’abord l’exploitation sexuelle dans le cercle de leur famille et de leurs connaissances avant d’être contraints, par leur père ou leur oncle, à avoir des rapports sexuels payés avec des inconnus, voire étaient vendus en vue de ce type de commerce. Les enfants exploités sexuellement à des fins commerciales vivent dans des conditions de dépendance extrêmes et dans des situations de contrainte. Pour des raisons sociales et économiques, il est très difficile pour les enfants de quitter la prostitution ; dans de nombreux cas, leurs tentatives échouent à cause de l’absence d’interlocuteurs appropriés et de lieux de réadaptation.
La majeure partie de la demande provient du monde occidental. Derrière l’exploitation des enfants, il y a un commerce juteux qui se chiffre en milliards. Les auteurs sont presque uniquement des hommes et il est très rare que des femmes soient sur les rangs des agresseurs. Il n’existe pas toutefois d’agresseur « classique ». Les pédophiles ne sont pas les seuls à exploiter les enfants sexuellement à des fins commerciales. Souvent, il s’agit d’auteurs « occasionnels » qui sont tentés, en dehors des conceptions morales courantes et des barrières légales, de saisir l’opportunité qui leur est offerte d’avoir des expériences sexuelles avec des enfants. Ils appartiennent à toutes les couches sociales, à toutes les catégories d’âge et à tous les groupes professionnels.
Données lacunaires
Comme il n’y a pas de définition uniforme de l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales qui serait reconnue au niveau international et qu’il n’y a pas non plus de méthode appropriée pour récolter les données, on ne dispose pas de chiffres précis. Les données concernant l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales dont disposent les ONG et les autres institutions sont donc sujettes à des variations. Selon les estimations des Nations Unies, au moins deux millions d’enfants seraient concernés chaque année par l’exploitation sexuelle à des fins commerciales. Ce sont en majorité des filles et des jeunes mineures qui, d’après les estimations de l’UNICEF, doivent gagner leurs maigres moyens de subsistance comme esclaves sexuelles. Il n’est pas rare que les enfants soient déjà concernés dans leur âge le plus tendre, car il y a aussi des bébés et des petits enfants parmi les victimes d’exploitation sexuelle. L’ampleur des blessures psychiques et physiques occasionnées par ces pratiques criminelles ne peut pas être mesurée en chiffres. Pour ECPAT, chaque enfant exploité sexuellement à des fins commerciales est une victime de trop.
L’exploitation sexuelle des enfants par les touristes
La prostitution enfantine constitue un problème mondial qui ne cesse de s’amplifier. Les crises économiques ainsi que la forte croissance de la branche touristique ont aggravé la situation. Contrairement à la supposition que les auteurs avancent souvent comme excuse, à savoir que les enfants ont décidé librement de vendre leur corps, la prostitution n’est pas, pour un enfant, une option qu’il choisit. Le plus souvent, les enfants sont poussés au commerce du sexe par des organisations criminelles, par la pauvreté, la violence domestique, de fausses promesses ou des menaces ; de plus en plus souvent, sous l’influence des valeurs occidentales introduite dans leur pays, ils sont tentés de se payer des objets et des biens de luxe représentatifs d’un certain statut social. Les activités sexuelles avec des mineurs dans les pays lointains ne relèvent pas de la petite délinquance : c’est un acte criminel. Garçons et filles subissent ainsi de graves préjudices pour leur santé, leur psychisme et leurs relations sociales. Ils en souffriront toute leur vie.
La pornographie enfantine
On entend par pornographie enfantine la présentation d’activités sexuelles impliquant un enfant - qu’elles soient construites ou réelles - ou l’exposition d’une partie du corps à des fins sexuelles. Chaque représentation d’enfants à des fins sexuelles est une forme d’exploitation sexuelle. Selon Interpol, des centaines de nouvelles pages Internet se créent chaque jour. Sur le World-Wide-Web, les auteurs qui fonctionnent comme offreurs ainsi que leurs consommateurs se sentent protégés par l’anonymat. Les frontières nationales ne constituent aucune barrière. Les frontières et les lois nationales sont très vite franchies. La rapidité et la mobilité compliquent la poursuite pénale des offreurs et des consommateurs.
Le trafic d’enfants
Selon un rapport du Parlement européen, près de 500 000 femmes seraient victimes chaque année en Europe de la traite organisée d’êtres humains. 30 % sont des mineures. Elles aboutissent dans des bordels où elles sont maintenues en captivité. La traite d’enfants est devenue un commerce aussi juteux que le trafic de drogue. Comme d’autres activités criminelles, la traite d’enfants a lieu dans la clandestinité. La poursuite pénale s’avère extrêmement difficile. De nombreuses victimes des trafiquants d’êtres humains essaient d’échapper à la pauvreté dans laquelle elles vivent. Certains enfants ou leurs parents se font berner par des promesses fallacieuses de formation ou d’emplois bien rémunérés. D’autres enfants se font enlever dans leurs villes et leurs villages puis sont vendus comme une marchandise. D’autres vendent leurs enfants pour pouvoir s’offrir des biens de consommation et des objets représentatifs d’un certain statut social. Filles et garçons se retrouvent forcés au travail, forcés à se prostituer ; ils deviennent des esclaves domestiques ou sont mariés contre leur gré. Leur condition d’esclaves les prive de tous les droits humains. Les victimes des trafiquants d’enfants sont le plus souvent des filles, des enfants appartenant à des minorités ethniques, des enfants apatrides et des enfants réfugiés.
La situation en Suisse
La politique suisse se plaît à mettre en avant son engagement actif en faveur de la protection de l’enfant. Concernant l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales, elle en retard sur des pays comme l’Allemagne ou la Thaïlande. En 2002 déjà, un rapport établi par ECPAT Switzerland / arge kipro mettait en évidence la nécessité d’agir en Suisse pour combattre l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales. Ce rapport demandait l’élaboration d’un plan d’action national d’envergure qui refléterait l’importance de cette thématique à tous les niveaux politiques et dans tous les départements. Bien que la Suisse ait participé aux deux Congrès mondiaux contre l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales et qu’elle est signé les déclarations finales respectives, seuls des petits pas ont été accomplis depuis lors.
Le 11 mars 2005, le Conseil fédéral a approuvé le rapport relatif à la procédure de consultation sur le «Protocole facultatif à la Convention des droits de l’enfant concernant la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants » du 25 mai 2000 ainsi que la modification de la norme pénale concernant la traite des êtres humains. Sous réserve de son approbation par l’Assemblée fédérale, il a décidé de ratifier le protocole facultatif à la Convention de l’enfant. Pour la Confédération, les bases sont ainsi posées et les conditions réunies pour appliquer des mesures visant à combattre l’exploitation sexuelle des enfants.
Tirer à la même corde
Il y a lieu aussi d’accorder une attention particulière à la poursuite pénale dans le domaine du tourisme et de dénoncer sérieusement les abus commis sur des enfants par des touristes sexuels suisses. Le principe de l’exterritorialité valable depuis le 1er janvier 2007 dans le Code pénal permet de condamner en Suisse des auteurs qui ont commis à l’étranger des délits sexuels sur des enfants.
Comparativement aux pays voisins et aux destinations du tourisme dans l’hémisphère sud, la branche suisse du tourisme a elle aussi un certain retard à combler en ce qui concerne les mesures de protection des enfants. C’est en 2003 seulement que l’entreprise Hotelplan AG a été le premier voyagiste suisse à signer le Code de conduite international visant à protéger les enfants contre l’exploitation sexuelle dans le tourisme. Aujourd’hui, d’autres entreprises du tourisme ont suivi son exemple.
Autres informations aux adresses :
Sources : Entre Stockholm et Yokohama, rapport d’ECPAT Switzerland/arge kipro, Fév. 2002. / www.parlament.ch/do-kinderschutz / www.ecpat.at / www.ecpat.de



