30. avril | Journée de l’éducation non-violente (No hitting day)
Pourquoi cette journée?
Il y a plusieurs bonnes raisons pour justifier une telle journée. Il faudrait bien sûr que l’éducation puisse être exempte de violence les 365 jours de l’année. La vie courante nous montre toutefois que l’inverse prévaut ; ainsi, le 30 avril pourrait être au moins une invitation à commencer de réfléchir à la question suivante : les enfants ne sont-ils pas eux aussi des êtres humains qui ont droit au respect de leur intégrité psychique et physique ? Partout dans le monde, les enfants sont victimes de violence dans l’éducation. On les frappe ( avec la main et/ou au moyen d’objets), on leur donne des coups de pied, leur tire les cheveux, leur inflige des brûlures, les secoue, etc.. Des enquêtes et des recherches réalisées dans de nombreux pays montrent que les enfants concernés ne sont pas une minorité. A beaucoup d’endroit, il n’est même pas nécessaire de réaliser des études: quiconque regarde ce qui se passe autour de lui ne peut que constater que la violence physique fait partie du quotidien de nombreux enfants – dans le bus, dans le centre commercial, … partout où il y a des enfants. Que dire alors de ce qui se passe entre les quatre murs du cercle très privé de la famille ? De tout temps et presque partout, les enfants ont été victimes de maltraitances physiques. Les conséquences de la violence physique sont très diverses. Chaque gifle peut provoquer des blessures physiques et des lésions. Surtout si l’on songe que les coups et d’autres châtiments corporels touchent surtout de très jeunes enfants. Meurtrissures et hématomes, blessures des parties molles, fractures, brûlures sont des conséquences possibles. Dans les cas particulièrement graves, les enfants subissent des lésions cérébrales et se retrouvent avec des handicaps mentaux et/ou physiques à vie ; il arrive même qu’ils meurent des suites des maltraitances subies. On imagine aisément que les agressions physiques et les brutalités puissent aussi avoir des répercussions psychologiques. Le degré de gravité dépend de l’intensité et de la fréquence de la violence, de la relation entre la victime et l’auteur de l’acte, etc.. Même si les gestes violents semblent ne pas avoir de conséquence grave, ils déclenchent des mécanismes d’apprentissage. Au travers de la violence subie, les enfants apprennent que la violence est considérée comme un moyen de résoudre les conflits et que les plus forts ont manifestement le droit de recourir à la violence face aux plus faibles. Dans ce sens, chaque gifle a des conséquences dévastatrices. Les enfants apprennent (à accepter) la violence. Le fait que les enfants continuent de subir des violences physiques alors que leurs droits s’étendent de plus en plus montre bien à quel point il est difficile de renoncer à la violence dans l’éducation. Pour compléter les droits de l’homme, les Nations Unies ont adopté en 1989 la Convention relative aux droits de l’enfant.
Un peu d’histoire: origines de cette journée
L’organisation internationale visant à mettre fin à la violence physique envers les enfants, EPOCH (End Physical Punishment Of Children), et en particulier ses représentants aux Etats-Unis ont appelé pour la première fois en 1998 à faire du 30 avril la « Journée de l’éducation non-violente » ("International No Hitting Day for Children"). Entre-temps, cette idée a été reprise par diverses autres organisations internationales. Il convient de citer avant tout l’ISPCAN (International Society for the Prevention of Child Abuse and Neglect).
2003 / 2004 / 2005 / 2006
La Société internationale pour la prévention des mauvais traitements envers les enfants et de la négligence (ISPCAN) a signalé l’existence de cette journée à ses membres (dont l’Association Suisse pour la Protection de l’Enfant ASPE) au début de février 2003, en leur demandant de marquer cette journée dans tous les pays. C’est en 2003 que l’Association suisse pour la protection de l’enfant a fait connaître pour la première fois cette journée en Suisse par le biais de diverses actions modestes et d’un travail d’information dans les médias. En 2004, nous avons réussi (en collaboration avec l’entreprise Tupperware Suisse) à toucher un public plus important en mettant sur pied près de 180 stands et en lançant une campagne d’annonces. L’année dernière, d’autres organisations sont intervenues elles aussi activement le 30 avril, en particulier celles qui proposent des cours Gordon pour s’exercer à la résolution non-violente des conflits. Le 30 avril 2005, nous serons présents dans plusieurs grands centres commerciaux de Suisse romande et Suisse alémanique afin d’attirer l’attention des parents sur la problématique et de leur faire entrevoir des possibilités d’éducation non-violente. Nous distribuerons des balles anti-stress (portant le slogan: "Calme-toi – sur moi, pas sur ton enfant") et des mini-brochures contenant des conseils pratiques relatifs à l’éducation. Nous avons eu un premier écho concernant les balles anti-stress et constaté qu’elles constituaient un outil convaincant:
- Elles ne sont pas une chose éphémère mais sont utilisées de manière durable
- Elles ne découragent pas mais sont acceptées volontiers par beaucoup de parents
- Elles ne représentent pas seulement une interdiction mais offrent une alternative.
Grâce au soutien de personnalités en vue – et, espérons-le, grâce à vous aussi – nous essayons, par l’intermédiaire des médias, d’attirer l’attention sur les intérêts des enfants, en particulier leur droit à être respectés dans leur intégrité physique et psychique. Vous trouverez en annexe les balles anti-stress, les mini-brochures ainsi que le point de vue de diverses personnalités.
Qu’en est-il en Suisse?
L’ampleur du phénomène
Jusqu’à maintenant, on n’a pas réalisé d’étude en Suisse à propos de la violence dans l’éducation. De nombreuses déclarations reposent donc (pour cette raison) sur des extrapolations, des expériences, des comparaisons avec des études de pays étrangers, éventuellement sur la connaissance de certains cas ou sur des enquêtes non représentatives. Il est possible toutefois d’estimer l’ampleur de la violence physique dans l’éducation à partir d’une étude réalisée dans le cadre du rapport „Enfance maltraitée en Suisse“ (DFI, 1992) concernant le comportement punitif des parents; une étude consécutive sur le même sujet a été réalisée et publiée en 2004 par Schöbi & Perrez.
Résultats
Concernant la plupart des types de châtiments, on constate – d’après Schöbi & Perrez (2004) – une augmentation de la fréquence entre 1990 et 2004. La hausse la plus marquée quant à la fréquence du type de châtiment concerne les punitions liées à une interdiction (interdiction de regarder la télévision, interdiction de sortir). Pour les autres types de châtiments, on constate uniquement une certaine modération. Les résultats concernant les types de punition incluant des châtiments corporels s’inscrivent à l’inverse de la tendance générale constatée (lorsque les données sont comparables). En effet, on constate là une légère diminution. D’après les estimations de Schöbi & Perrez (2004) concernant la Suisse Parmi les enfants de 0 à 2,5 ans 13'200 reçoivent des gifles 18'000 se font tirer les cheveux 35'200 reçoivent des fessées 500 sont frappés à l’aide d’objets Parmi les enfants de 4 à 7 ans 15'900 reçoivent des gifles 26'400 se font tirer les cheveux 37'900 reçoivent des fessées 2'700 sont frappés à l’aide d’objets Parmi les enfants de 7 à 12 ans 15'200 reçoivent des gifles 24'100 se font tirer les cheveux 30'500 reçoivent des fessées 3'500 sont frappés à l’aide d’objets Si l’on tente de résumer les résultats de ces deux études, on peut en conclure que les châtiments corporels ne sont pas une exception en Suisse mais sont courants et quotidiens pour beaucoup d’enfants. Ces résultats sont encore confirmés par des déclarations récentes et des opinions exprimées publiquement. Ainsi, par exemple, un sondage non représentatif de la revue Facts (janvier 05) révélait que près des ¾ des personnes interrogées avaient tendance à accepter les châtiments corporels infligés aux enfants et n’y voyaient rien de néfaste. Dans les colonnes et les commentaires de certains journaux, il se trouve même des voix qui invitent sans se cacher à recourir aux châtiments corporels – que ce soit dans des journaux nationaux (Suzette Sandoz: "Hoch lebe der versohlte Hintern" dans la NZZ am Sonntag, 27.3.2005) ou dans des journaux locaux (Eggflue-Echo de décembre 2004 dans la colonne très subtile intitulée 'Kopfnuss'). L’acceptation des châtiments corporels continue d’être très grande; on pourrait même dire que la « correction » a actuellement le vent en poupe.
Les lacunes de la législation / la situation sur le plan politique
Aujourd’hui, les châtiments corporels sont interdits par la loi dans 11 pays européens; autrement dit, les enfants peuvent explicitement faire valoir leur droit à une éducation non-violente. Les premières évaluations réalisées dans quelques pays (notamment en Suède et en Allemagne) révèlent des effets tout à fait positifs. Les enquêtes montrent que l’ampleur des châtiments corporels a nettement diminué après l’introduction de l’interdiction et l’application des droits de l’enfant. Il faut toutefois souligner qu’un article de loi – l’interdiction explicite des châtiments corporels – ne peut pas à lui seul résoudre le problème de la violence. Les recherches réalisées notamment par le professeur Kai-D. Bussmann en Allemagne ont montré que, parallèlement au recul des sanctions corporelles, on constatait une augmentation d’autres formes de punitions souvent néfastes sur le plan psychologique. Bref : on constate, concernant l’interdiction des châtiments corporels, la même chose que dans l’éducation. Nous ne pouvons pas seulement dire ‘non’: il faut pouvoir offrir des alternatives. Les parents doivent donc avoir la possibilité de découvrir des alternatives. Le 24 avril1996, la Commission juridique du Conseil national a déposé la motion 96.3176. Elle dit, en substance, ceci: "Le Conseil fédéral est chargé d’introduire explicitement, dans le droit suisse, le principe de l’interdiction des châtiments corporels et des traitements dégradants envers les enfants à l’intérieur et à l’extérieur de la famille." Cette motion a été adoptée en 1996 par le Conseil national lors de sa session d’été (13.6.1996) ; lors de la session d’hiver 1996, après avoir été traitée par le Conseil des Etats, elle a été transformée en postulat (12.12.1996). Le caractère contraignant a été supprimé, si bien qu’aucun pas supplémentaire n’a été fait depuis lors dans le sens d’une interdiction. Le Conseil fédéral était d’avis que la protection de l’intégrité physique et psychique des enfants découlait du droit fondamental de la liberté de la personne et qu’une disposition légale ne ferait que répéter le droit en vigueur . La réalité quotidienne montre que ce n’est pas le cas.
Notre expérience, nos conclusions, nos revendications
L’Association suisse pour la protection de l’enfant est confrontée tous les jours à des problèmes de violence envers les enfants. Nous constatons que l’acceptation d’un certain « quota » de châtiments corporels par la société est très dangereuse. La petite tape sur les doigts, sur le derrière (pour relativiser l’importance, on a même allégué que les couches-culottes amortissaient les coups), le fait de tirer et arracher les cheveux, etc. sont souvent le premier pas vers des atteintes plus graves. En franchissant ou en étant prêt à franchir la première limite de l’agression physique, on court le risque de pousser cette limite toujours plus loin et d’accroître la gravité des violences. Nous savons aussi que de nombreux parents ne donnent pas des coups par conviction, mais parce qu’ils sont dépassés ou stressés, qu’ils se sentent démunis et ne savent plus comment faire. (Le grand degré d’acceptation des châtiments corporels apparaît rétrospectivement – comme une tentative de se justifier: une gifle bien méritée n’a jamais fait de mal à un enfant!) Il est donc important d’une part que les parents trouvent des possibilités d’être soutenus et déchargés mais qu’ils puissent apprendre aussi à utiliser/accroître leurs compétences dans le sens d’une éducation non-violente. Nous sommes consternés de voir avec quelle naïveté et quelle ignorance la question des châtiments corporels et de la violence physique envers les enfants est abordée dans de nombreux milieux, organes et instances de décisions. Concernant les enfants, on entend à de nombreux endroits l’invitation à « serrer la vis ». L’éducation anti-autoritaire s’est révélée contre-productive ; alors, l’heure est de nouveau au style autoritaire: assez de paroles, il faut des actes. Fixer des limites aux enfants est devenu le grand slogan. Mais il y a souvent confusion entre la fin et les moyens. Fixer des limites, oui, mais pas en frappant!
Il est connu:
- 1. que les châtiments corporels (ainsi que beaucoup d’autres punitions) n’ont aucun sens, sur le plan pédagogique . Si les châtiments corporels (et les autres punitions) étaient un moyen efficace, il ne serait pas nécessaire d’y recourir si souvent. Les parents qui punissent reconnaissent eux-mêmes qu’ils n’atteignent pas leur but par ce moyen. Les enfants ne se comportent pas comme ils l’aimeraient. Les punitions n’indiquent pas l’attitude positive souhaitable mais visent à réprimer un comportement négatif indésirable (oppression).
- 2. que les châtiments corporels sont hautement discutables pour ne pas dire blâmables du point de vue éthique et moral. Un principe éthique fondamental est en effet le suivant : "N’inflige à personne ce que tu ne souhaites pas qu’on t’inflige!"
- 3. que les châtiments corporels ne sont pas interdits, en Suisse, par la loi, en tout cas en ce qui concerne la sphère privée, mais qu’ils sont extrêmement discutables. L’art. 11 de la Constitution fédérale ainsi que divers articles de la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant demandent que les enfants soient protégés. Par ailleurs, il est difficile de comprendre pourquoi une gifle – même si elle ne provoque aucune lésion – constitue, entre adultes, un acte délictueux (voie de fait selon l’art. 126 du Code pénal), mais qu’appliquée aux enfants, elle devrait être considérée comme acceptable, voire même comme utile et sensée.
- 4. que du point de vue médical et psychologique, les châtiments corporels et la violence physique n’entraînent pas obligatoirement des lésions directes. En revanche, le fait d’avoir connu la violence déclenche des mécanismes d’apprentissage. Les enfants apprennent que les plus forts ont le droit de recourir à la violence face aux plus faibles et que la violence est manifestement un moyen valable de ‘résoudre’ les conflits. Une fois que de tels mécanismes sont en cours, chaque coup a des conséquences graves: les enfants apprennent la violence. (Il ne reste qu’à espérer qu’ils n’imiteront pas avec trop de force ce qu’ils ont appris – sur le préau et le chemin de l’école. Car alors, l’opinion publique ne tardera pas à s’élever contre cette jeunesse si violente.)
… c’est pourquoi l’Association suisse pour la protection de l’enfant demande
- l’interdiction, par la loi, des châtiments corporels et autres traitements dégradants envers les enfants,
- une vaste campagne nationale contre la violence dans l’éducation soutenue par la Confédération
- ainsi que le développement des possibilités offertes aux parents d’apprendre à éduquer sans recourir à la violence
Sites Internet
www.endcorporalpunishment.org www.stophitting.org/spankOut/
Document
COUNCIL OF EUROPE: Parliamentary Assembly CONSEIL DE L'EUROPE: Assemblée parlementaire Interdire le châtiment corporel des enfants en Europe Doc. 10199 (4 June 2004) http://assembly.coe.int/Documents/WorkingDocs/doc04/FDOC10199.htm
Pour d’autres renseignements et informations:
Association suisse pour la protection de l’enfant Case postale 344 3000 Berne 14 031 398 10 10
Rubriken
- 30 avril | Journée de l’éducation non-violente (No hitting day)
- Campagne publique pour une éducation non-violente
| Fichier attaché | Taille |
|---|---|
| EU-ban.punishment frz.doc | 67.5 Ko |



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